Fiche d'information : 3

Soutien politique par l'entremise des ambassades

Auteur
Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises
Publié
Ottawa, mai 2007
Traduction
This document is also available in English

Il est arrivé au moins deux fois à des ambassadeurs canadiens de faire publiquement la promotion de compagnies minières canadiennes dont les activités étaient contestées par les communautés locales. En principe, le Canada s'attend à ce que ses entreprises se conforment aux normes de responsabilité sociale des entreprises les plus rigoureuses. En pratique, il aide des entreprises qui ont été associées à la violence et à des violations des droits des Autochtones.

Étude de cas

Glamis Gold au Guatemala1

En 2002, la compagnie Glamis Gold Ltd. (acquise par Goldcorp Inc. en 2006) a commencé l'aménagement de la mine d'or Marlin au Guatemala. Marlin est le premier investissement minier majeur au Guatemala depuis que des réformes néolibérales ont été effectuées pour attirer le capital minier mondial. Ce projet constitue un important cas type pour l'industrie minière, qui espère profiter du nouvel espace financier que représente le Guatemala.

Le 4 novembre 2004, un journal national publiait les résultats d'un sondage selon lequel 95,5 pour cent de la population vivant à proximité de la mine Marlin, dont la grande majorité était composée d'Autochtones, s'opposait au projet. Le même jour, dans le même journal, James Lambert, alors ambassadeur canadien au Guatemala, publiait un article vantant les avantages de l'activité minière pour quelque 200 communautés autochtones au Canada.

Le mois suivant, l'ambassade canadienne commanditait conjointement un forum national minier pour servir de vitrine à l'industrie minière. Ces événements ont renforcé l'impression, au sein de la société civile guatémaltèque, que l'ambassade était plus intéressée à promouvoir les intérêts miniers canadiens que les droits de la personne.

Le 11 janvier 2005, après un barrage de 40 jours, des centaines de résidants qui s'opposaient à la mine Marlin ont fait face à 700 militaires et 300 policiers. Un résidant a été tué et dix autres (y compris des policiers) ont été blessés. En juin de la même année, des communautés autochtones de la région de Sipacapa touchée par le projet ont tenu un référendum sur l'exploitation minière. Par une écrasante majorité, les citoyens ont voté contre l'exploitation minérale.

Dans les rapports de presse, l'ambassadeur Lambert a défendu son article controversé. Il a soutenu que l'ambassade avait le mandat de promouvoir à la fois les intérêts canadiens et les valeurs canadiennes, comme le développement durable, et que « ces deux éléments ne sont pas mutuellement contradictoires... Loin de nous être préjudiciable, le fait que nous ayons de véritables intérêts en jeu au Guatemala augmente notre crédibilité à l'échelle locale ».2

Étude de cas

TVI Pacific aux Philippines

La compagnie TVI Pacific, dont le siège social est à Calgary, exploite actuellement, par l'intermédiaire de sa filiale philippine, TVI Resource Development (Phils.) Inc., une concession minière sur des terres autochtones de l'île de Mindanao, au milieu d'une agitation civile violente qui dure depuis plusieurs décennies. TVI a été au centre d'une opposition publique forte et soutenue de la part du peuple autochtone Subanon (qui revendique des droits ancestraux à l'égard des terres de cette région) et de la part des mineurs artisans locaux, des agriculteurs du secteur aval convertis au christianisme et des communautés de pêcheurs musulmans de la côte. L'opposition à la mine a été soulevée à plusieurs reprises à l'ONU par les représentants autochtones et a été soulignée par le rapporteur spécial des Nations Unies, Rudolfo Stavenhagen. Il y a eu des altercations violentes impliquant le personnel de TVI et les forces de sécurité.

Toutes ces questions sont bien connues de l'ambassade canadienne à Manille, tout comme les accusations d'évictions forcées du site. Pourtant, l'ambassadeur Peter Sutherland a maintenu une grande visibilité et des relations publiques avec l'entreprise et a continué de soutenir publiquement le projet minier.3 À la suite de recommandations par le Comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international du Parlement à l'effet que le gouvernement canadien fasse enquête sur les activités de TVI aux Philippines et évite de « promouvoir » l'entreprise jusqu'à ce que l'enquête soit terminée, les médias philippins ont rapporté de l'ambassadeur Sutherland disant : « [n]ous soutiendrons TVI de toutes les manières possibles, car nous considérons cette affaire (l'opposition locale à TVI) comme une question à régler strictement par le secteur privé ».4

Notes
  1. Toutes les données factuelles et numériques sont tirées de : Coalition de l'Initiative d'Halifax. « La Banque mondiale et les industries extractives–L'« effet démonstratif » de dissension de la mine Marlin ». juin 2005. Disponible en ligne à http://www.halifaxinitiative.org/updir/Glamis-Final_Fr.pdf Back to text
  2. Patterson, Kelly. « Canadian mine strikes lode of unrest ». Ottawa Citizen, 26 avril, 2005. Back to text
  3. Voir TVI Resource Development (Phils.) Inc. www.tvicanatuan.com et TVI Pacific www.tvipacific.com pour référer à des visites de prestige de l'ambassadeur Sutherland au site de la mine, des déclarations élogieuses de l'ambassadeur au sujet de la mine et des présentations par l'ambassadeur (accompagnées de photos) de dirigeants de TVI à la présidente des Philippines. Back to text
  4. del Rosario-Malonzo, Jennifer & IBON Features. « Dousing the Embers of Hope: Canadian Government Fails to Address Mining Abuses in the Philippines ». Bulatlat, Vol. V, No. 39, 6–12 novembre, 2005. Back to text
Prochain
Soutien financier par l'entremise des ambassades
Précédent
Assurance
1
2
3
4
5
6
7
8